| Malgré le cessez-le-feu, Israël poursuit ses bombardements dans la bande de Gaza.© Hamza Z. H. Qraiqea / Anadolu via AFP |
Réduite à l’état de ruines après deux ans de guerre génocidaire menée par Israël, la bande de Gaza n’est plus maintenant qu’une rivière de boue. Victimes des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le territoire palestinien, les familles tentent tant bien que mal de vider leurs abris de l’eau qui s’est accumulée quand d’autres ont vu leurs tentes emportées, parfois construites sur des maisons détruites, sans système d’assainissement adéquat.
Pour leurs besoins naturels, hommes, femmes et enfants utilisent des fosses septiques creusées près des tentes, qui débordent en cas d’intempéries. Postées sur les réseaux sociaux, les images parlent d’elles-mêmes. Celle d’un homme traversant un torrent boueux, à gué, portant une jeune fille dans chaque bras, celle encore où des Palestiniennes, agenouillées, tentent d’éponger l’eau avec de simples morceaux de tissu. Un travail de Sisyphe.
L’aide humanitaire toujours distribuée au compte-goutte
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) indiquait la semaine dernière que les pluies torrentielles avaient endommagé au moins 13 000 tentes et « détruit les quelques abris et biens qui restaient à des milliers de Palestiniens à Gaza ». Toujours selon l’Ocha, les organisations humanitaires ont commencé à se préparer pour l’hiver dès octobre, lors de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, en acheminant du matériel adapté.
Plus de 3 600 tentes, 129 000 bâches et 87 000 couvertures ont ainsi été distribuées en début de mois. Bien loin des besoins alors que la quasi-totalité des plus de deux millions d’habitants de Gaza ont été contraints de quitter leurs foyers. Les ONG craignent que les mois d’hiver pluvieux n’aggravent encore la situation déjà critique, d’autant que les pénuries de matériel humanitaire persistent.
Le Bureau des Nations unies dénonce ainsi la lenteur de l’acheminement de l’aide et estime que les livraisons sur le territoire restent « fortement limitées par les restrictions imposées par les autorités israéliennes sur l’entrée de matériel d’abri ». « L’aide humanitaire vitale doit entrer à Gaza sans entrave et à grande échelle », a pour sa part répété le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
Malgré le drame humain, Tel-Aviv joue la montre. À l’instar du Cogat, l’organisme de défense chargé de l’entrée de l’aide, qui affirme travailler à une « réponse spécifique à l’hiver », évitant ainsi de pointer sa propre incompétence et surtout les responsabilités du gouvernement israélien.
Selon Amnesty International, « plus d’un mois après l’annonce d’un cessez-le-feu début octobre et la libération de tous les otages israéliens encore en vie, on voudrait nous faire croire que tout est maintenant apaisé », fait remarquer Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France, interrogée par l’Humanité. « Pourtant, nos équipes et nos chercheurs ont pu montrer que les autorités israéliennes continuent de commettre un génocide contre les Palestiniens dans la bande de Gaza occupée, en leur infligeant délibérément des conditions de vie destinées à les anéantir, sans pour autant manifester le moindre changement d’intention. »
L’organisation de défense des droits humains a publié, le 27 novembre, un rapport sans ambiguïté. « On est encore sur une mort lente et calculée compte tenu en particulier de la vulnérabilité accrue de la population aux maladies et à la propagation d’épidémies après des mois de famine causée par des années de blocus illégal et des mois de siège total au début de l’année », dénonce Anne Savinel-Barras.
De fait, bien que les combats quotidiens ont officiellement cessé dans la bande de Gaza, Israël frappe sans arrêt certaines zones du territoire. Au moins 327 personnes, dont 136 enfants, ont été tuées dans des attaques israéliennes depuis l’annonce du cessez-le-feu le 9 octobre.
Tel-Aviv continue de restreindre l’accès à l’aide et aux secours essentiels, notamment aux fournitures médicales et aux équipements nécessaires à la réparation des infrastructures vitales. Israël viole ainsi plusieurs injonctions de la Cour internationale de justice (CIJ) prises dans le cadre de la procédure engagée par l’Afrique du Sud pour empêcher le génocide, qui lui ordonnait de garantir l’accès des Palestiniens à l’aide humanitaire.
« De fait, les Palestiniens ne peuvent pas rentrer dans leurs foyers »
La bande de Gaza est désormais divisée en deux parties, séparée par une « ligne jaune ». L’armée israélienne détient ainsi, dans la partie est, plus de 53 % de l’enclave palestinienne et occupe tout le district de Rafah, au sud, jusqu’à la frontière égyptienne.
« De fait, les Palestiniens ne peuvent pas rentrer dans leurs foyers ou ce qu’il en reste, ni même se rendre sur leurs terres qui étaient autrefois cultivées », s’insurge la présidente d’Amnesty France. « Les zones sont délimitées de façon aléatoire et beaucoup se font tuer parce qu’ils les franchissent sans le savoir, poursuit-elle. Ils s’entassent dans des camps et souvent dans des conditions effroyables. »
En clair, Israël n’a rien changé quant à ses intentions et ce, dans tous les domaines. La détention arbitraire de Palestiniens, ainsi que la torture et autres mauvais traitements infligés aux détenus se poursuivent, avec au moins 98 décès en détention depuis octobre 2023. On dénombre plus de 10 500 prisonniers palestiniens alors qu’en Cisjordanie, les opérations militaires et les exactions des colons se multiplient.
Amnesty International s’inquiète d’un relâchement de la pression internationale, soulignant notamment la reprise des exportations d’armes allemandes à Israël depuis le 24 novembre, ou encore l’abandon d’un vote européen sur la suspension de l’accord commercial UE-Israël.
C’est ce que les manifestations organisées samedi 29 novembre partout en Europe, et singulièrement à Paris, viendront rappeler : il faut sanctionner Israël, stopper le génocide en cours et engager les conditions nécessaires pour l’autodétermination du peuple palestinien.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 27 novembre 25
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