Qui fixe l'autre?
Que regardes-tu, étranger? Ou plutôt, que vois-tu?
Là, je suis debout sur les décombres de ma maison détruite.
Je cherche les membres de ma famille.
Je cherche ma mère.
Je cherche mon père.
Je cherche mes frères et soeurs.
Ils sont peut-être en-dessous. Morts.
Ou peut-être sont-ils partis. Mais pas très loin.
Ils ne me laisseraient pas seule.
S'ils vivent encore, alors ils me cherchent, comme moi je les cherche.
S'ils sont morts, alors je suis seule.
Que
vais-je donc devenir? Pas dans un an, ou un mois, ou une semaine, ou
dans quelques jours... Non, que vais-je devenir dans quelques secondes,
tout au plus dans quelques minutes?
Que vais-je devenir quand tu détourneras les yeux de moi?
Va-t'en étranger. Ne me fixe plus comme tu fais. C'est indécent.
Je sens de la colère dans ton regard. Je sens de la compassion.
Va-t'en
étranger et raconte ce que tu as vu en moi. Sans colère, ni compassion.
Raconte ce que tu as cru voir car ce que tu vois ne se raconte pas.
Raconte
la petite fille debout sur les décombres de sa maison détruite et qui
cherchait sa famille. Sa mère, son père, ses frères et soeurs.
Adieu étranger. Va-t'en, ici c'est chez moi.
Adieu...
Retourne dans ton pays,
dans ta ville,
dans ta maison,
dans ta cuisine
à ta fourchette
à ton assiette
à ton couteau
et à ton verre d'eau.
Efface de ton esprit l'image de l'enfant
qui cherche sa famille
dans les décombres de sa maison.
Par Roland RICHA
Vendredi, 27 octobre 2023

merci Roland un très beau texte, tellement vrai tellement cru tellement poignant qu'il ne peut que résonner dans les coeurs de ceux qui regardent je pleure
RépondreSupprimerj'aurais souhaité partager
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