lundi 10 octobre 2016

La paix s'éloigne au Yémen, l'Arabie face à des choix difficiles


Les espoirs de paix se sont considérablement éloignés au Yémen après des frappes sanglantes sur Sanaa, attribuées à l'Arabie saoudite qui se retrouve face à des choix militaires et diplomatiques difficiles, selon des experts. La perspective d'un cessez-le-feu immédiat « a certainement » disparu avec cette attaque qui a fait samedi plus de 140 morts et 525 blessés, estime April Alley, spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group. Elle « aura des conséquences à long terme sur la possibilité d'élaborer un plan de paix durable », prévient-elle. Car, souligne cette experte, l'attaque sur la capitale yéménite semble avoir tué « un certain nombre d'hommes politiques du Nord et d'officiers qui travaillaient pour la paix et qui auraient joué un rôle important dans la période post-conflit ».
Le bombardement a touché une cérémonie funéraire organisée après le décès du père d'un « ministre » du gouvernement des forces rebelles qui contrôlent Sanaa. Ces dernières ont immédiatement mis en cause la coalition arabe conduite par Riyad, qui a rejeté ces accusations avant d'annoncer une enquête sur ce bombardement, l'un des plus meurtriers depuis le début de l'intervention, il y a 18 mois, au Yémen.
Cette opération militaire, destinée à rétablir l'autorité du président Abd Rabbo Mansour Hadi sur l'ensemble du Yémen, s'éternise sans qu'une victoire se dessine. Non seulement elle coûte des milliards de dollars, mais elle met régulièrement sur la sellette l'Arabie saoudite en raison du nombre élevé de victimes civiles. Elle embarrasse aussi les États-Unis, alliés traditionnels de Riyad. L'attaque de samedi a ainsi provoqué un appel téléphonique inhabituel du secrétaire d'État américain John Kerry au vice-prince héritier et ministre de la Défense saoudien, le prince Mohammed ben Salmane. Il s'est également entretenu avec son homologue Adel al-Jubeir, à qui il a demandé que « ce genre d'attaque ne se reproduise plus ».
John Kerry a réitéré la nécessité d'une « cessation immédiate des hostilités », tandis que le prince saoudien s'est dit en faveur d'une trêve de 72 heures renouvelable à condition qu'elle soit acceptée par les rebelles. Mais, pour Mustafa Alani, expert au Gulf Research Centre, Riyad n'a pas toutes les cartes en main. « Le souhait de la coalition est de mettre fin à la guerre » le plus vite possible, affirme-t-il, mais « l'attitude des rebelles se durcit de jour en jour, car ils pensent pouvoir obtenir davantage ».
Selon une source diplomatique, les rebelles n'ont montré, lors de négociations menées cet été sans résultats, aucune volonté de remettre les armes, contrairement à une exigence de l'ONU, parce qu'ils sont convaincus de « pouvoir l'emporter ». L'allié des Houthis, l'ex-président Ali Abdallah Saleh, a été plus loin dimanche en appelant à la mobilisation à la frontière saoudienne pour « venger » les morts de Sanaa.
Pour Mustafa Alani, les Saoudiens comprennent qu'il n'y a pas de solution militaire, mais un accord politique semble actuellement impossible en raison de la position des Houthis. Les rebelles ne viendront pas à la table des négociations, « avec une attitude raisonnable, sans dégradation de leur capacité militaire », affirme l'expert. Pour Adam Baron, chercheur qui collabore à l'European Council on Foreign Relations, les Saoudiens vont donc probablement poursuivre leurs opérations. « Nous avons vu les Saoudiens continuer de frapper, sans relâche, des cibles à Sanaa et ailleurs dans le pays » alors que les rebelles leur donnent une raison pour le faire en se livrant à des attaques à la frontière.
Cette situation embarrasse Washington, qui fournissait des bombes de précision, des renseignements et des conseils aux Saoudiens. Ils permettaient aussi le ravitaillement en vol des avions saoudiens. Mais cette assistance a été « réduite de manière significative » et ce qui reste fait maintenant l'objet d'un réexamen, a indiqué ce week-end Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. Mustafa Alani estime que l'arrêt du soutien américain rendrait très difficile, voire impossible, la poursuite des opérations de la coalition. Et, dans ce cas, il conduirait à accroître l'influence au Yémen de l'Iran, grand rival régional de l'Arabie saoudite.
Le gouvernement de Téhéran, accusé d'armer les Houthis, ce qu'il nie, a vivement réagi au raid de samedi en condamnant un « crime épouvantable contre l'humanité »

(10-10-2016 - Avec les agences de presse)

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