lundi 22 février 2016

Washington et Moscou annoncent un cessez-le-feu en Syrie


Un accord de cessez-le-feu entrera en vigueur en Syrie le 27 février à minuit, heure de Damas (2 heures GMT). Le département d'État à Washington a diffusé le communiqué établi après l'accord entre les États-Unis et la Russie. Cette interruption des hostilités - qui ont fait des dizaines de milliers de morts et des millions de réfugiés depuis cinq ans - ne concernera toutefois pas le groupe État islamique et le Front Al-Nosra, branche d'Al-Qaïda en Syrie. "La cessation des hostilités s'appliquera aux parties prenantes au conflit syrien qui ont indiqué qu'elles respecteront et appliqueront les termes" de l'accord, précise en effet le communiqué. Ces parties ont jusqu'au 26 février 12 heures, heure locale (14 heures GMT), pour faire part, aux États-Unis ou à la Russie, de leur adhésion à cet accord.
À Riyad, où des groupes clés de l'opposition syrienne étaient de nouveau réunis lundi 22 février, un porte-parole du Haut Comité des négociations (HCN) a indiqué que "les rebelles (étaient) en train d'étudier l'accord (de cessez-le-feu)". "Nous en discutons avec l'envoyé spécial américain pour la Syrie, Michael Ratney", a affirmé Riad Naasan Agha. De son côté, le secrétaire général de l'ONU a salué l'annonce américano-russe comme un "signe d'espoir pour la population syrienne". Ban Ki-moon a aussi "exhorté les parties prenantes à (le) respecter", ajoutant qu'il "reste beaucoup de travail à faire pour l'appliquer".

Une annonce faite quelques heures après des attentats meurtriers
Cette proposition de trêve intervient près de trois semaines après l'échec de négociations de paix intersyriennes à Genève et au lendemain d'une vague d'attentats revendiqués par l'EI, à Homs contre des alaouites, et près de Damas contre des chiites, deux communautés "mécréantes" à ses yeux. Le double attentat-suicide perpétré à 400 mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, honni par les djihadistes sunnites et lieu sacré à défendre pour les chiites, a fait 134 morts, dont 97 civils selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier depuis le début en mars 2011 du conflit en Syrie, qui a fait plus de 260 000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population du pays. Il a été mené quelques heures après une double attaque à la voiture piégée, également revendiquée par l'EI, dans un quartier à majorité alaouite à Homs, qui a fait 64 morts selon l'OSDH.
L'EI est en guerre contre les alaouites, communauté issue du chiisme et à laquelle appartient le président syrien Bachar el-Assad, et contre le Hezbollah libanais et l'Iran chiites, venus prêter main-forte au régime syrien. Par cette double opération sanglante et en coupant, lundi avec d'autres djihadistes une route vitale permettant au régime d'accéder à la ville septentrionale d'Alep, l'EI a voulu montrer que ses récents revers face à l'armée et aux Kurdes n'avaient pas entamé sa capacité d'action. D'après le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, les djihadistes de l'EI, visés à la fois par les frappes de la coalition internationale menée par les États-Unis et par les raids russes, "veulent envoyer un message pour montrer qu'ils sont toujours puissants malgré les frappes". L'État islamique a par ailleurs libéré les 42 derniers des 220 chrétiens assyriens qu'il avait kidnappés en février 2015 lors d'une attaque dans l'est du pays, selon l'Observatoire assyrien des droits de l'homme.

Les premières victimes du conflit sont les civils
Pour la Russie, alliée indéfectible du régime Assad, les attentats de l'État terroriste n'ont d'autre objectif que de torpiller "les tentatives pour trouver un règlement politique de long terme à la crise (...) et les efforts pour mettre fin au bain de sang". Dans un communiqué, les Affaires étrangères russes ont souligné la nécessité de "solidement bloquer" les tentatives de l'EI, d'Al-Nosra et "d'autres groupes terroristes" "d'aggraver encore la situation en Syrie" et dans les pays voisins en provoquant des tensions confessionnelles.
Tous les efforts en vue d'un cessez-le-feu ont jusque-là échoué, les multiples protagonistes sur le terrain voulant à tout prix éliminer l'un l'autre, en plus des profondes divisions internationales et de la montée en puissance de l'EI et d'Al-Nosra. Une trêve censée entrer en vigueur vendredi dernier conformément à un accord international parrainé par Moscou et Washington avait ainsi été complètement ignorée. Pour sa part, la Commission d'enquête de l'ONU dans son dernier rapport, remis lundi 22 février, a recommandé de faire de la justice un élément essentiel du processus de paix pour ce pays en guerre. "Alors que la guerre entre dans sa sixième année, les atrocités sont omniprésentes et persistantes", peut-on lire dans le document. "Les premières victimes" restent les civils, qui sont souvent la cible d'attaques délibérées par l'ensemble des belligérants. Déclenché par une répression brutale de manifestations pacifiques proréformes, le conflit en Syrie s'est transformé en guerre complexe impliquant des puissances internationales et régionales, qui a provoqué un désastre humanitaire.

(22-02-2016 - Avec les agences de presse)

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